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« Comme il serait heureux que les valeurs de notre Société, énoncées dans la devise républicaine, soient mieux prises en compte, se rappelant que la France est la patrie des droits de l’homme et du citoyen. Or, il nous faut entendre dans trop d’allocutions que les plus vulnérables sont jugés comme ceux par qui le malheur arrive, alors qu’ils en sont les premières victimes ; étrange constat, recueillant dans la population une adhésion certaine » : voici, en introduction, le nouveau point de vue de Bernard Devert, président-fondateur d’Habitat et Humanisme…
Soyons attentifs à des propos qui ne relèvent pas d’idées, mais d’appels aux crimes, où l’autre, parce qu’il est différent, est considéré comme un intrus, un gêneur ou un profiteur : « qu’il parte ». Terrible violence dont l’histoire, pas si lointaine, nous rappelle qu’elle s’est emparée d’un peuple, riche d’une immense culture qui, face à la haine, s’est trouvé dans l’impossibilité de faire barrage au mépris envahissant les cœurs et les esprits.
Un des risques avérés de notre Société est d’habiter le mythe de Babel ; il est là. Souvenons-nous de ceux qui ont construit une tour pour se mettre à part. Il y eut une parole du ciel, entendez du cœur : « Et les autres ».
Les autres pour eux n’avaient pas d’importance pour n’avoir rien ou peu.
Prenons garde à deux situations : le « je » occulte le « nous » et le « nous », traversé par l’indifférence, parfois la peur, qu’entretient et distille le refus de l’autre, fait surgir des mots et des actes qui assassinent la fraternité à l’égard de ceux que nous nommons facilement « eux ». Il ne nous suffit pas qu’ils soient mis à distance, il nous faut encore ajouter des abîmes.
En un quart de siècle, quel recul. Je prends l’année 2000 comme référence pour avoir vu le jour de la loi Solidarité et Renouvellement Urbains, bien connue par son acronyme SRU. Ce dispositif imposait aux communes de plus de 3 000 habitants de construire 20%, aujourd’hui 25% de logements sociaux afin de lutter contre les ghettos.
Un grand chantier, comme l’écrit dans son rapport le Haut Comité pour le Logement des Personnes Défavorisées, qui renoue avec l’exigence de solidarité et de fraternité. Qui peut contester la nécessité de le pérenniser au sein duquel la cohésion sociale appelle une maîtrise de nos peurs pour porter le seul débat qui vaille, l’attention à ces autres fragilisés qui sont nos frères.
L’humanisme est à ce prix.
Sommes-nous prêts, suivant le mot de Jean Marie Domenach, à ne pas nous contenter de penser contre, ni de penser ailleurs, mais de penser là où ça fait mal. Sans ce courage, comment éradiquer les causes endémiques du mal-logement qui, pour être dénoncées depuis plus de 60 ans, sont dramatiquement actuelles. Sans l’audace de cette équité, les lieux de non-droit se développeront plus encore, créant les conditions inexorables de la relégation, source des violences. Comme le dénonçait Jacques Chirac : « Notre maison brûle et nous regardons ailleurs ».
L’accueil des différences est toujours un risque à commencer par celui de la vie. Le refus de la mixité ne serait-il pas le déjà-là des indifférences, stigmates des relations mortifères.
Nous voici confrontés à un choix. Il n’est pas sans grandeur pour nous permettre de nous rassembler sur des valeurs de responsabilité portées par une éthique retrouvée, sans laquelle nous ne parviendrons pas à faire Société.
Ce qui s’est passé ces deux dernières années à l’Assemblée Nationale devrait nous inviter à réagir. Des cris dans l’hémicycle, mais qui entend les cris des pauvres ? Lesquels appellent non pas ces replis sur soi où, seul, le pouvoir, l’ego, ce « je » compte, mais bien cette recherche humble et mobilisatrice visant à rechercher un consensus donnant naissance au bien commun.
Dans un monde insécurisé par la puissance des empires politiques, économiques qui n’ont d’autres ambitions que la domination par la force, jetant ici des bombes et des missiles et là de considérables flux financiers au seul service de leurs intérêts.
Le défi à relever est de susciter une prise de conscience de la nécessité du respect des plus fragiles pour que s’éveille un « autrement » ; bâtissons-le maintenant.
Bernard Devert
Septembre 2026