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Vendredi 30 janvier, Rachida Dati, Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel, candidats à la Mairie de Paris, ont participé à un grand oral organisé par le Comité Champs-Elysées avec Faubourg Saint-Honoré et le Comité Haussmann sur des thèmes majeurs : fiscalité locale, logement, réenchanter la plus célèbre avenue du monde, PLU bioclimatique, commerces et mobilité. Décryptage…
A l’approche des échéances municipales des 15 et 22 mars prochains, le Comité Champs-Elysées, présidé depuis cinq ans par Marc-Antoine Jamet, secrétaire général du groupe de luxe LVMH, aux 80,8 milliards d’euros de ventes mondiales, a auditionné avec les comités du Faubourg Saint-Honoré et Haussmann, au cinéma Le Balzac (8ème arrondissement), trois candidats à la Mairie de Paris : Rachida Dati, ministre de la Culture ; Emmanuel Grégoire et Pierre-Yves Bournazel, en présence de dirigeants d’enseignes, du monde du luxe, de foncières, de théâtres, de cinémas et musées et de lieux de réception.
La ministre de la Culture Rachida Dati, tête de liste de « Changer Paris », déplore que la dette de la Ville atteigne en 2026 « 12 milliards d’euros » en incluant des montages liés aux bailleurs sociaux. Elle cite ainsi un gisement potentiel d’économie jusqu’à « 2 milliards d’euros » grâce à l’arrêt des préemptions de logements (250 millions d’euros par an), la réduction de subventions à des associations et à la réorganisation des services municipaux.
Interrogé par Hugues Borgia, directeur général d’UGC Ciné Cité, sur la pression foncière, la maire LR du 7ème le réaffirme : « cela n’existe pas d’avoir 40 % de logements sociaux dans une ville comme Paris ».
Dans la continuité des mandats de Bertrand Delanoë et d’Anne Hidalgo, Emmanuel Grégoire, tête de liste de la « Gauche Unie », a rappelé les « effets pervers des meublés touristiques » sur le stock de logements disponibles et la difficulté de loger des Parisiens résidents permanents.
Pierre-Yves Bournazel, conseiller de Paris et tête de liste « Horizons et Renaissance », envisage de consacrer 4 milliards d’euros d’économies sur six ans, dans l’objectif de débureaucratiser l’administration parisienne (55 000 fonctionnaires, 22 directions, 42 directeurs).
L’élu du 18ème veut stabiliser à 25 % la part de logements sociaux, au moment où 180 000 Parisiens quittent la Capitale depuis douze ans. Autres idées : baisser la taxe foncière et sécuriser les paiements des loyers aux propriétaires.
La candidate LR, soutenue par l’UDI et le Modem, pour qui Paris serait « la seule ville de France dépourvue de plan de circulation », veut mettre fin aux aménagements « sans étude d’impact ». Pour autant, elle ne souhaite pas « six années de travaux permanents » et « sans coordination ». Autre annonce : le lancement de « grands concours d’aménagement sur les portes de Paris ».
Emmanuel Grégoire propose de mettre en place des comités de filière à l’Hôtel de Ville comme le tourisme événementiel, l’immobilier-urbanisme. Avant de prendre un engagement : « il y aura des études d’impact économique sur tous les grands projets ».
Partant du constat que se déplacer à Paris est devenu « chaotique » sur le plan des transports, Pierre-Yves Bournazel propose « d’ordonner et d’apaiser la Capitale ».
Rachida Dati promet qu’« elle suivra de très près les projets de la célèbre avenue portés par le Comité Champs-Elysées ».
Son adversaire Emmanuel Grégoire propose d’associer les comités Champs-Elysées, Vendôme, Montaigne et du Faubourg Saint-Honoré en vue de travailler sur la « phase 2 » de la célèbre avenue. Quant au financement, « on ne mettra pas 400 millions d’euros pour réaménager les espaces entre la Concorde et la Porte Maillot ».
Le candidat centriste Pierre-Yves Bournazel le répète : « il faudra, dès avril 2026, prendre en compte l’attractivité internationale et l’identité patrimoniale du projet ».
Interrogée par Méka Brunel, présidente de la Fondation Palladio, Rachida Dati promet de le refaire « avec beaucoup de raison en limitant l’instauration du pastillage » lorsque les propriétaires doivent réserver une partie de leurs biens (bâtiments comme terrains) à des logements sociaux ou accessibles.
Le député de Paris promet une commission d’évaluation à trois ans de la mise en œuvre du PLU bioclimatique avec les propriétaires, promoteurs, associations environnementales. « On a eu la main trop lourde sur le pastillage des bureaux et on n’est pas parvenu à rassurer les propriétaires » estime-t-il.
Pierre-Yves Bournazel propose, pour sa part, de le réviser, notamment sur la protection des libraires indépendants et des cinémas.
Pour faire face à l’augmentation du blanchiment d’argent et à la vacance commerciale d’au-delà de 10 %, Rachida Dati propose l’installation d’un « guichet unique » pour l’urbanisme et les changements de destination, avec « délais de réponse clairs » et interlocuteurs identifiés.
Pour Emmanuel Grégoire, la « crise structurelle du retail » aura des conséquences « majeures » sur la stabilisation des commerces traditionnels.
Pierre-Yves Bournazel souhaite redynamiser les baux commerciaux dans le Nord-Est. Côté logistique, son objectif : doubler le nombre de places de livraison (9 000 à 18 000) et créer des places de stationnement à usage mixte grâce au contrôle de la vidéo-verbalisation.
Finalement, six ans après avoir invité cinq candidats aux municipales à présenter leurs ambitions pour mettre au vert et restructurer la plus belle avenue du monde, dont des perspectives réalisées par Philippe Chiambaretta et le cabinet d’architecte PCA-Stream, « cette rencontre a permis cette année d’offrir à chaque candidat l’opportunité de présenter sa vision pour l’avenir de Paris et de répondre, échanger aux questions sur les grandes priorités » a conclu Marc-Antoine Jamet.
Sébastien Chabas